On avait envie de vous faire un sujet sur le Salary Cap, ou « Salaire Chapeau » à la française, depuis plusieurs semaines. On avait déjà réagit à un souhait de la part d’un club français de modifier les conditions du fameux Salary Cap. On avait déjà réfléchit à comment apporter un regard autre sur le sujet. Et on a bien vu récemment que c’est une question qui peut poser des soucis à plusieurs millions d’euros ! Alors pour ça, on vous propose un dossier, un article plutôt long format, afin de pouvoir bien comprendre les tenants et les aboutissants de ce qu’est le Salary Cap.
SALARY CAP, KEZAKO
Récemment, le site officiel du Top 14 nous a proposé un article définissant ce qu’est le Salary Cap. Selon eux, il s’agit d’un moyen pour « l’équité entre les clubs et éviter que l’argent ne fasse seul la différence« . Autrement dit : on impose aux grosses écuries de ne pas dépenser trop en salaire de joueur afin d’éviter d’avoir ce qu’on a dans le monde du football par exemple, avec une équipe de Paris qui domine outrageusement la Ligue 1 depuis 15 ans. Mis en place en 2010, « le Salary Cap répond à trois objectifs majeurs : 1. Préserver l’équilibre sportif : éviter qu’un club avec un actionnaire très riche ne domine le championnat « grâce à l’argent ». » Ah, bah c’est déjà raté. « 2. Protéger la santé financière des clubs : encadrer les dépenses pour limiter les excès et inscrire les clubs vers un modèle économique durable« . Autrement dit : on empêche les clubs de se saigner sans assurance de victoire, entraînant ainsi potentiellement des saisons suivantes difficiles. « 3. Favoriser la formation française : inciter les clubs à faire confiance à leurs jeunes talents plutôt que d’acheter à l’international« . Bon, c’est vrai que c’est une bonne chose, mais quand les meilleurs joueurs du monde sont français, on fait comment ?
Ça fonctionne par un « plafond annuel que chaque club ne peut pas dépasser en termes de rémunérations versées à ses joueurs professionnels sous contrat« , fixé à 10,7 millions d’euros par club. À cela s’ajoute une « augmentation » liée aux « joueurs sélectionnés en équipe de France« , 180 000 euros par international ! On connaît déjà un club qui est favorisé …
Donc pour conclure, le Salary Cap est un cadre donné aux clubs afin d’équilibrer le jeu, éviter que des équipes se grillent ou dominent trop outrageusement la compétition. Est-ce que ça fonctionne ? Les 6 titres en 7 saisons de Top 14 du Stade Toulousain le confirment.
L’AFFAIRE DU SIÈCLE
Vous n’êtes pas sans le savoir, mais on vous fait un petit rappel ici : il y a quelques semaines, le Stade Toulousain passait devant le conseil de classes de la Ligue Nationale de Rugby pour faire le point et surtout recevoir des sanctions pour les dernières saisons.
En effet, le club a écopé d’une amende record de plusieurs centaines de milliers d’euro (2 889 570,65€ pour être précis) pour « manquements à l’obligation de transparence et de coopération sur les saisons 2021/2022 à 2024/2025, ainsi qu’à des dépassements du plafond du Salaray Cap sur les saisons 2021/2022, 2022/2023 et 2024/2025« . Le club est donc en faute sur plusieurs points : non seulement, il paye trop ses joueurs – ou alors il a trop de joueurs, ça on verra plus tard – mais en plus il n’est pas clair sur l’origine de ces rémunérations.
En effet, les manquements à l’obligation de transparence indiquent que tous les clubs doivent être précis sur l’origine des rémunérations de leurs joueurs. Or le Stade Toulousain a manqué à cette tâche. En gros, il fait payer ses joueurs par ses sponsors et partenaires, mais ne veut pas que ça se sache, et donc ne publie pas ces montants. En effet, la commission est claire, le Stade Toulousain n’a pas donné toutes les « informations relatives à la rémunération de joueurs« . En plus de trop les payer ! La doublette.

SALAIRES ET TEMPS DE JEU
On va se servir ici des données précieuses de nos compères de allrugby.com. Ils font un travail de zinzin sur les temps de jeu de tous les joueurs connus et inconnus du monde entier, et on les salue pour ça. D’un autre côté, on va aller chercher les salaires de certains joueurs du Stade Toulousain. Dans un article de 20minutes de mars dernier on apprend que Antoine Dupont est rémunéré à hauteur de 600 000 € par an, Thomas Ramos 480 000€, Romain Ntamack et Thibaud Flament 420 000€. Il s’agit ainsi des plus gros salaires du club. On va se concentrer sur deux joueurs : Dupont et Ramos. On écarte Ntamack, blessé une partie de la saison, et Flament, un avant qui doit forcément se ménager et ne peut enchaîner tous les matchs de la saison.
Retour à All Rugby et à Dupont en premier lieu. Le demi de mêlée a joué un total de 21 matchs cette saison dont 5 avec le XV de France. Il a donc joué 16 matchs pour Toulouse. Il revenait de blessure également et a donc commencé à joué à partir de novembre 2025. Donc depuis la 11è journée et sa reprise, il a manqué les journées 14, 16, 17, 18, 19 et 24. 6 journées de manquées pour le joueur le mieux payé du club. Maintenant, si on se rapporte au temps de jeu, ça bouge pas mal aussi. Il réalise souvent l’intégralité des matchs en coupe d’Europe, ou au moins une heure de jeu. En revanche, il n’est pas tout le temps titulaire. Sur l’année 2026, il démarre sur le banc à trois reprises.
Place à Ramos maintenant. Sur la saison 2025/2026, l’arrière à joué un total de 30 matchs ! Et il a été titulaire à 26 reprises. Sur ces matchs, on retire 8 matchs joués avec le XV de France, donc 22 ont été joué avec Toulouse. Sur ces 22 matchs, il n’a été remplaçant qu’à 4 reprises ! On a donc un joueur qui justifie largement son salaire : il joue quasiment l’intégralité des matchs et est titulaire. De plus, lorsqu’il démarre le match, c’est plutôt rare qu’il n’aille pas au bout.
QUEL AVENIR POUR LE RUGBY ?
Alors on va pas critiquer la gestion de l’effectif par les clubs. On sait à quel point une saison est longue et difficile. On sait que le jeu est de plus en plus physique et demande toujours plus aux joueurs. Donc on est d’accord à 100% avec le fait que les joueurs ne fassent pas tous les matchs, d’autant qu’ils sont appelés en sélection, et que, comme ils sont plutôt excellents, ils sont la cible de leurs adversaires. On sait tout ça et on ne remet pas en cause.
Mais le fait est qu’il y a des règles, et que le Stade Toulousain, malgré un assouplissement de ces-dites règles, ne parvient pas à les respecter.
Alors c’est super chouette de voir une équipe française égaliser le record de victoires consécutives en Top 14 (le club a égalisé son record de 4 datant des années 1990, et celui du Stade Bordelais de 1904 à 1907). Super. Mais au détriment de quoi ? On vous repasse le film de la demi-finale contre le Racing ou ça suffira comme argument.
Le Racing, c’est pas Montauban. Le Racing est un des plus gros budget du championnat, c’est une victoire à Clermont dans le Money Time de la saison et une autre à Pau en barrages. On parle pas de glandus. Alors comment expliquer qu’une grosse écurie se prenne 70 points en demi-finale ?!

Au bout d’un moment, ça commence à sufir de voir une seule équipe tout gagner facilement. Et je suis supporter du Stade Toulousain depuis 2001. J’apprécie donc de voir mon équipe gagner, mais j’apprécie quand il y a du challenge. Cette année c’était couru d’avance dès le mois de mars. C’est pas ce qu’on souhaite. Alors oui, le Stade a un effectif qui fait rêver, encore plus avec l’arrivée de Menoncello cette saison. Mais vous voyez bien que ça ne peut pas passer au niveau des règles du Salary Cap. Alors faites autrement. Partagez vos richesses, vendez des joueurs. Je ne parle pas de vendre d’un coup Ramos, Dupont, Ntamack, Kinghorn, Capuozzo et consorts. Mais faites un choix. Interdisons le fait d’avoir 2 voire 3 équipes premières tant que toutes les équipes n’auront pas 23 joueurs compétitifs. Revenons à un championnat toujours autant qualitatif mais en permettant à plusieurs équipes d’élever leur niveau. Partagez vos joueurs et avec l’argent des transferts, investissez dans la formation pour toujours proposer un championnat qui soit le meilleur du monde, et fournir des joueurs au XV de France pour les années à venir.
28 juillet 2026

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